Le jour où j’ai donné des cours de maths à des enfants sénégalais

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Ceux qui me connaissent seront quelque peu surpris par ce titre.
En effet, je n’ai clairement pas la bosse des maths.

Et ce depuis mon plus jeune âge. Avant de poursuivre et de vous expliquer comment j’ai pu donner des cours de maths à des petits sénégalais un petit retour en arrière s’impose. (Très court, je vous promets)

Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis toujours dit que les maths ça ne servait à rien, et que l’on n’avait pas besoin d’avoir un compas, voire d’un rapporteur avec soi dans la vie de tous les jours. (Excuse bidon) C’était ce que je pensais avant que je n’entre dans la vie active quand je travaillais encore en agence de voyages et que je me retrouve confrontée à gérer des dossiers de voyages clients , ou autrement dit à préparer des devis, faire des promotions voyages, ou tout simplement encaisser un acompte  … 

J’avais du mal au début … Pas compliqué me diriez-vous.

Mais j’ai tellement fait un blocage sur les mathématiques en général que j’ai au fil des années développé une dyscalculie. Autrement dit, je n’avais plus aucune logique mathématique et j’étais incapable de faire des opérations pourtant toutes simples.
(Je n’ai jamais recompté ma monnaie après avoir acheté mon pain en boulangerie par exemple)…

Mais voilà, après quelques années en agence de voyages et après des années de baroudage parfois seule où je devais convertir des devises étrangères, il a bien fallu que je me fasse violence …

Et petit à petit j’ai su retrouver cette logique mathématique qui aujourd’hui me permet de ne plus être embarrassée lorsque je fais une opération en public. (Bon parfois j’ai la flemme alors je demande à ma moitié de m’aider en mettant ça sous le compte des restes de ma dyscalculie, je l’avoue) 

Bref tout ça pour dire, je ne prétends pas aujourd’hui être une bête des maths, un Dexter en puissance ou encore l’équivalent féminin d’Einstein mais je m’en sors sans problème pour la plus part des trucs du quotidien. 

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Comme ce fameux jour du mois de novembre 2011, où je passais un séjour merveilleux au Sénégal et que ma route a croisé celle d’enfants issus d’un village.

Je me souviens avec mon buggy, je me suis arrêtée avec le reste du groupe dans cette école ou les murs de classes étaient vieillissants alors qu’ils n’étaient pourtant pas terminés.

Accueillie par des dizaines d’enfants, tous autant souriants les uns que les autres, je me suis laissée guider jusqu’à l’une des salles de classe ou c’était justement la leçon de maths du jour.

La classe était composée d’une quarantaine d’enfants, qui se sont tous levés pour m’accueillir. Je me rappelle de ces sourires. Je me rappelle de la joie qui se reflétait sur leur visage. Ils étaient beaux. Ils étaient heureux. Heureux d’avoir le droit à l’enseignement. Heureux de voir des personnes qui s’intéressaient à leur culture.
Et heureux de voir que le maître arrêtait la leçon pour me présenter ainsi que le reste du groupe.

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Quand tout à coup sans crier gare, le maître d’école annonça à la classe que l’un des membres de notre groupe allait reprendre la leçon à sa place … Et le membre du groupe, sans grande surprise c’était moi. J’étais donc désignée maîtresse remplaçante le temps de quelques instants.

Bien que les maths n’étaient pour moi plus un problème, j’avais quand même cette petite appréhension, ce petit quelque chose dans le ventre, et cette petite voix dans le cerveau qui me disait « et si je leur enseignais n’importe quoi ? Si je disais une bêtise? »

Aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours été très stressée de devoir être interrogée à l’oral. Même pour un simple calcul mental. J’ai un peu été traumatisée des rires de mes camarades se moquant de mes faiblesses en mathématiques.
J’ai donc eu par la suite toujours un peu honte de montrer que je ne savais pas faire un calcul.

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Mais voilà. À l’annonce de mon prénom, je me suis lancée. 

Pour mon plus grand plaisir, la leçon du jour portait sur le thème des additions. (Ouf)

Il fallait que j’apprenne aux enfants à compter avec des +. Et uniquement des +. Pas de divisions, de moins ou autre signes bizarroïdes qui ont hanté mes cauchemars étant enfant.

Tout simplement, des additions.

Soulagée, j’ai donc commencé ma leçon.
Je ne me rappelle pas exactement ce que j’ai dit, mais je me souviens du silence qui régnait dans la classe.

Quand je me suis retournée après avoir terminé mon premier calcul j’ai pu constater que les élèves m’avaient écouté avec la plus grande des attentions. Ils étaient comme suspendus à mes lèvres. Et surtout ils souriaient.
Je ne crois pas me rappeler que nous sourions pendant nos cours de maths à l’école. (Si quelqu’un prenait du plaisir à faire des pourcentages, qu’il se manifeste.)

Et puis, ils se sont levés et nous ont tous encerclé. On pouvait facilement voir la joie se dessiner sur leur visage innocent.

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Cette matinée à l’école m’aura fait un bien fou. Pas seulement car j’ai pu me débloquer de ma peur des maths, mais aussi car j’ai vu des enfants avec presque rien, heureux d’aller à l’école, et heureux d’apprendre. Avoir de quoi écrire, de quoi lire vaut pour eux tout l’or du monde.
Apprendre et donc avoir le droit à l’éducation sont pour moi les plus grandes richesses.

Le droit à l’éducation est un droit fondamental de l’homme, nécessaire à l’exercice de tous les autres droits de l’homme. Et bien que ce droit soit internationalement reconnu, beaucoup d’enfants n’y ont malheureusement pas encore accès.

Pour conclure mon histoire, j’aimerai dire que cette matinée à l’école fut  pour moi meilleure que toutes les thérapies du monde.
Moi qui au final voulait leur apporter quelque chose, c’est eux qui au final, m’ont apporté. Beaucoup apporté.

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Et vous, avez-vous déjà vécu une expérience similaire ?


7 réflexions sur “Le jour où j’ai donné des cours de maths à des enfants sénégalais

  1. Après le BEPC, j’avais commencé mon parcours lycéen en seconde C4 (Maths-littéraire). Jusqu’en 3eme j’étais un crac en maths et en j’aioùmestruies?,donc C4 c’était logique. Mais voilà, en seconde on commençait avec des 2x-y=0. Bon,là ça allait encore.. mais quand vinrent les x²-4y=0 je perdis les pédales à une vitesse vertigineuse: les D et les E (soit des notes entre 8 et 0/20) pleuvaient en maths, tandis que dans les autres matières j’étais bien jusqu’à très bien. Vers la fin du 1er trimestre, les profs me firent appeler pour décider avec moi, ce qu’ils allaient faire de moi.
    je leur expliquais alors que je n’arrivais pas à trouver LA solution universelle de ces équations vers zéro et que ça me déprimait. Le prof de maths eut beau me répéter que LA solution n’existait pas et que je devais tout simplement essayer un peu à l’aveuglette, je ne compris pas ce qu’il voulait de moi. Finalement il ne me restait qu’á quitter les C4 et me décider pour un autre cours. Va-donc pour le A5 (littéraires et 3 langues vivantes)! Dans mon cas: anglais, italien et espagnol. Choix d’aubaine, puisque plus tard il m’aida a passer mon bac… mais ceci est une autre histoire…;)
    En Janvier je rentrais donc dans ma nouvelle classe A5 où, oh surprise, nous avions le même prof de math que j’avais en C4!
    Avec 2 heures de maths par semaine, au lieu des 4 du cours C4, les A5 avaient alors un certain retard que j’appréciais bien, vu que je pouvais rattraper ce que j’y avais paumé avant. Seulement voilà: notre prof de math était « spécialiste » des doués! Pour les moins doués, il n’avait souvent ni la patience, ni le savoir-faire. Un jour où il avait sans doute la rage à fleur de peau et sachant que j’avais compris la leçon le trimestre précédent, il s’écria: « CAPPESTURC! -c’est ainsi qu’il prononçait mon nom alémanique- vous pouvez traduire à la classe ce que j’ai écris au tableau? » Sans trop réfléchir je répondis « Oui, monsieur! » parce que lors de son explication j’avais vu la faute pédagogique (quoique ce mot-là m’était inconnu à l’époque!) commise, rendant impossible la compréhension de la logique. Effectivement, après que j’eu fait un petit détour plus détaillé au tableau, la classe compris la leçon. Et C’est ainsi que c’est instauré jusqu’à la fin de l’année mon aide au prof de maths dans ses moments difficiles avec les « lettreux ».
    Moi, ça m’a fait du bien d’être souvent en face de la classe parce que comme ça je perdis le trac en face d’un public, expérience qui m’aida plus tard en philo, où mon prof voulait de plus en plus d’exposés de moi… mais ceci aussi est une autre histoire…
    La classe l’a bien pris et voulait même que je devienne son délégué, vœu qui fut refusé par mon tuteur, un allemand juif ayant survécu le holocauste, avec les mots: « Je ne veux pas que tu recommences où ton père a fini! » Mon père était sergent pendant la dernière guerre mondiale et commandait un petit groupe de soldats en Russie..

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